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Colite ulcéreuse

La colite ulcéreuse est une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MII) qui consiste d’une ulcération fine de la muqueuse interne du côlon. L’inflammation débute dans la partie inférieure du côlon, juste au-dessus de l’anus et progresse vers le haut à des distances variables. Lorsque seulement une petite section de l’intestin inférieur est touchée, il s’agit d’une forme moins sévère de la maladie, connue sous le nom de proctite ulcéreuse. Si ceci s’applique à vous, demandez notre brochure, La proctite ulcéreuse.

La colite ulcéreuse ne partage aucun lien avec les ulcères se trouvant dans d’autres parties du tractus gastro-intestinal, tels les ulcères gastriques et les ulcères duodénaux, mais partage plusieurs caractéristiques avec la maladie de Crohn, une autre MII. La principale différence découle du fait que dans la maladie de Crohn, l’inflammation traverse dans la paroi intestinale musculaire et peut toucher à n’importe quelle partie du tube digestif, tandis que dans la colite ulcéreuse, la maladie se limite à la surface de la muqueuse du côlon.

La cause de la colite ulcéreuse est inconnue, mais les recherches indiquent fortement que des interactions entre les facteurs environnementaux, les bactéries intestinales, un dérèglement immunitaire et une prédisposition génétique sont responsables. Le risque est accru pour ceux dont un membre de la famille souffre de la maladie. Quoiqu’il existe plusieurs traitements pour aider à soulager les symptômes et à provoquer une rémission, il n’existe aucun remède.

La colite ulcéreuse peut être diagnostiquée à n’importe quel âge, avec une fréquence élevée observée chez les jeunes enfants et chez ceux âgés entre 40 et 50 ans. Le Canada a actuellement les plus hautes prévalence et incidence signalées jusqu’à maintenant dans tout le monde, avec approximativement 77 000 personnes diagnostiquées.

Symptômes/Complications

Le saignement rectal en quantité variable se produit chez la plupart des patients et est évident dans et autour des selles. Le deuxième symptôme le plus fréquent est la diarrhée, accompagnée de crampes abdominales douloureuses. L’intensité des symptômes peut être entre moyenne et sévère. Une insuffisance de globules rouges (anémie), peut résulter si la diarrhée et la perte de sang sont sévères. La constipation peut aussi se développer comme le corps lutte pour maintenir une fonction intestinale normale.

Certains patients ont des manifestations extra-intestinales de la colite ulcéreuse qui comprennent la fièvre, l’inflammation oculaire ou des articulations, des ulcères buccaux, ou des nodules sensibles et enflammés des tibias. Les patients atteints de colite ulcéreuse ont un risque légèrement plus élevé d’être atteints d’un cancer colorectal après avoir vécu avec la maladie pour une période de 10 à 15 ans. Le dépistage du cancer colorectal devrait donc se faire plus tôt et de façon plus vigilante dans ce groupe comparativement à la population générale.

Diagnostic

Un médecin passe soigneusement en revue les antécédents médicaux du patient. Les tests sanguins sont utiles pour évaluer le niveau d’activité de l’inflammation, la possibilité d’une anémie à cause de pertes sanguines, ainsi que la santé générale et l’état nutritionnel du patient. L’analyse d’échantillons de selles peut parfois s’avérer utile.

Votre médecin détermina lesquelles parmi plusieurs procédures sont préférables pour évaluer vos symptômes intestinaux. Les radiographies permettent au médecin de visualiser les contours du côlon. La procédure requiert que le patient reçoive un lavement baryté. Ceci fournit le contraste requis pour visualiser l’intestin sur la radiographie. Des examens scopiques peuvent aider à déterminer la nature et l’étendue de la maladie. Lors de ces procédures, le médecin insère un instrument dans le corps par l’anus (sigmoïdoscope/colonoscope) pour visualiser le côlon. Les instruments scopiques sont faits d’un tube creux et flexible, et sont munis d’une lumière et d’une caméra vidéo minuscules. Ces procédures procurent un avantage par rapport à la radiographie barytée ou à la colonoscopie virtuelle (tomodensitométrie), puisque le médecin peut prélever une biopsie d’un tissu suspect en tout temps pendant l’examen pour en faire l’analyse en laboratoire. Une fois tous ces tests complétés et d’autres maladies possibles exclues, votre médecin pourra établir le diagnostic de la colite ulcéreuse.

Gestion

Le traitement de la colite ulcéreuse est varié; il comprend la gestion des symptômes et des effets de la maladie tout en suivant des thérapies qui visent à réduire l’inflammation sous-jacente.

Modifications à la diète et au style de vie

Comme les nutriments sont absorbés plus haut dans le tube digestif, les personnes atteintes de colite ulcéreuse ne souffrent habituellement pas de carence nutritive. D’autres facteurs peuvent cependant influencer l’état nutritionnel du patient. Les symptômes de la maladie peuvent porter le patient à éviter certains aliments; il est possible que les choix alimentaires ne fournissent pas une diète équilibrée. Si les saignements sont excessifs, des problèmes, telle une anémie peuvent s’ensuivre; des modifications à la diète seront nécessaires pour compenser ces pertes.

Une meilleure nutrition fournit le corps avec les moyens pour se guérir. Selon l’étendue de l’inflammation et de sa localisation, les patients devront possiblement suivre un régime spécial qui inclut des suppléments. Il est important de suivre le Guide alimentaire canadien, mais il n'est pas facile de le faire pour les personnes souffrant de colite ulcéreuse. Nous encourageons chaque patient à consulter un diététiste professionnel qui peut aider à mettre en place un plan nutritionnel personnalisé et efficace qui prend en considération les déficiences spécifiques de la maladie et le tube digestif sensible du patient. Certains aliments peuvent provoquer une irritation et aggraver les symptômes, sans toutefois influer sur l’évolution de la maladie.

Dans des cas plus sévères, il peut être nécessaire de permettre à l’intestin de se reposer et de guérir. Avec des régimes spécialisés, des substituts de repas facile à digérer (mélange élémentaire) et un jeûne avec alimentation par voie intraveineuse (nutrition parentérale totale) il est possible d’obtenir un repos intestinal progressif.

Pharmacothérapie symptomatique

Les symptômes représentent la composante la plus pénible de la colite ulcéreuse et c’est le traitement direct de ces symptômes, particulièrement de la douleur et de la diarrhée, qui améliore la qualité de vie du patient. Il existe plusieurs traitements pour la diarrhée et la douleur. Une modification de régime peut être bénéfique et les médicaments antidiarrhéiques jouent un rôle important. Pour une douleur non contrôlée par d’autres médicaments, les analgésiques peuvent aider, l’acétaminophène (Tylenol®) étant le médicament de choix.

Il existe deux types de médicaments antidiarrhéiques qui visent à prévenir les crampes et à contrôler la défécation.

Un groupe modifie l’activité musculeuse de l’intestin, en ralentissant le transit du contenu. Il comprend : le lopéramide non narcotique (Imodium®); les agents narcotiques comme le diphénoxylate (Lomotil®), la codéine, la teinture d’opium et l’élixir parégorique (camphre/opium); et les agents antispasmodiques comme le sulfate de hyoscyamine (Levsin®), le dicyclomine (Bentylol®), la propanthéline (Pro-Banthine®), et le butylbromure de hyoscine (Buscopan®).

L’autre groupe change la mollesse des selles et leur fréquence en absorbant (se liant à) l’eau pour régulariser leur consistance afin qu’elles soient d’une forme et d’une consistance facile à passer. Ces médicaments fonctionnent de différentes façons; certains comme le Metamucil® ou le Prodiem® proviennent de fibres végétales tandis que la résine de cholestyramine (Questran®) lie les sels biliaires. Il est intéressant de noter que les fibres végétales sont aussi utiles pour la constipation à cause de leurs effets régulateurs sur les selles.

S’il existe des signes extra-intestinaux de la colite ulcéreuse, telles l’arthrite ou l’inflammation oculaire, le médecin abordera ces conditions individuellement puisqu’il pourrait être nécessaire de recommander le patient à d’autres spécialistes. Si l’anxiété et le stress sont d’importants facteurs, un programme de gestion du stress pourrait être précieux (Demandez notre brochure La gestion du stress).

Les personnes souffrant de colite ulcéreuse peuvent être anémiques à cause de pertes sanguines chroniques. L’ajout de suppléments diététiques peut améliorer cette condition, le polypeptide de fer hémique (Proferrin®), étant le premier choix à cause de son action rapide et de ses effets secondaires minimes.

Pharmacothérapie anti-inflammatoire

Le traitement prend plusieurs formes et vise plusieurs systèmes de l’organisme pour apporter un soulagement. Un médecin peut prescrire les médicaments décrits ci-dessous, seuls ou en combinaison. Il peut prendre un peu de temps pour trouver la bonne combinaison puisque chaque cas de colite ulcéreuse est unique. Selon la localisation de l’affection, une combinaison de méthodes d’administration des médicaments (orale et rectale) peut aider à assurer que les médicaments atteignent tous les endroits touchés.

Acide 5-aminosalicylique (5-ASA) : Le médicament 5-ASA est sans danger et bien toléré à long terme. Ces médicaments offerts en prise orale, comprennent la mésalamine (Asacol®, Mesasal®, Mezavant®, Pentasa®, Salofalk®) et l’olsalazine sodique (Dipentum®). Des résultats plus rapides peuvent être observés lorsque le médicament est utilisé sous forme topique de façon rectale. Salofalk® est offert en suppositoires de 500 mg et 1 g. Les suppositoires de Salofalk® 1 g et de Pentasa® 1 g sont administrés quotidiennement. Si le cas s’avère plus difficile, vous pourriez recevoir un lavement thérapeutique de 5-ASA (Salofalk® 4 g & 2 g/60 mL et de Pentasa® 1 g, 2 g, ou 4 g/100 mL) pour une brève durée, suivi de suppositoires une fois que l’inflammation s’améliore. Certains patients peuvent profiter de l’association de thérapies 5-ASA administrées de façons orale et rectale dans des cas qui ne répondent pas à une thérapie rectale seule.

Au début, les patients utilisent les médicaments rectaux chaque soir et réduisent les traitements lorsque la maladie s’améliore. Votre médecin peut parfois interrompre le traitement et le recommencer en présence de poussées actives; la thérapie d’entretien deux ou trois fois par semaine peut parfois être requise à long terme. Le patient débute habituellement avec une sorte de préparation et si la réponse s’avère inadéquate, il passe à une autre sorte.

Le 5-ASA aide à calmer l’inflammation aiguë et lorsque pris à long terme (entretien), l’inflammation demeure habituellement inactive. Il est important de continuer le régime posologique même si vos symptômes disparaissent et que vous vous sentez bien. Selon la réponse de la maladie, la thérapie d’entretien peut s’effectuer à la dose complète initiale ou à une dose réduite et par intervalle.

Corticostéroïdes : Les corticostéroïdes peuvent aider à diminuer l’inflammation dans les cas de colite ulcéreuse modérés ou sévères. Ils sont la prednisone et le budénoside (Entocort®) à prise orale, avec le prednisone manifestant le plus d’effets secondaires. Pour le soulagement topique dans le côlon, le budénoside (Entocort®) et l’hydrocortisone (Betnesol®, Cortenema®, Cortifoam™, Proctofoam®) sont offerts en formulation rectale (lavements, mousses et suppositoires). Les patients peuvent également administrer ces médicaments de façon rectale. Ils sont offerts en préparation liquide, de mousse épaisse ou de suppositoire et comprennent le budénoside (Entocort®), l’hydrocortisone (Cortenema®, Cortifoam™, Proctofoam®) et la bétaméthasone (Betnesol®). Cependant, si le patient souffre d’une diarrhée importante, les médicaments rectaux pourraient être difficilement retenus. Cortifoam™, est une préparation de mousse de plus petit volume permettant au patient de retenir le traitement plus longtemps dans le rectum, augmentant ainsi la durée pendant laquelle il peut agir. Les médecins peuvent prescrire l’hydrocortisone (Solu-Cortef®) et la méthylprednisolone (Solu-Medrol®) pour l’administration intraveineuse en milieu hospitalier.

Antibiotiques : Les antibiotiques les plus largement prescrits sont la ciprofloxacine (Cipro®) et la métronidazole (Flagyl®, Florazole ER®). Les antibiotiques à large spectre sont importants pour traiter les manifestations secondaires de la maladie tels les abcès péri-anaux et les fistules.

Agents immunosuppresseurs : Ces médicaments sont utilisés pour traiter la colite ulcéreuse afin de réduire la dépendance aux stéroïdes et pour traiter une maladie résistante aux stéroïdes. Ils comprennent l’azathioprine (Imuran®), la cyclosporine, la mercaptopurine/6-MP (Purinethol®), et le méthotrexate sodique (Rheumatrex™). Il peut prendre jusqu’à six mois de thérapie pour observer des résultats.

Produits biologiques : Les anticorps monoclonaux appartiennent à une classe de médicaments maintenant utilisés pour traiter la colite ulcéreuse lorsque de plus anciens médicaments n’arrivent pas à soulager les symptômes. Les patients reçoivent l’infliximab (Remicade®) par infusion intraveineuse en consultation externe toutes les huit semaines environ, tandis que les patients peuvent administrer l’adalimumab (Humira®) eux-mêmes à la maison.

Chirurgie

La chirurgie peut être nécessaire chez les patients avec une maladie continue et active qui résiste à toutes formes de gestion médicale. Comme la colite ulcéreuse ne touche que le gros intestin, si cet organe est retiré, il n’y aura plus de maladie. Ce n’est toutefois pas un remède puisque retirer le côlon peut apporter d’autres symptômes et complications. Quoiqu’il existe plusieurs variations de procédures chirurgicales, normalement, après avoir retiré le côlon en entier ou en partie (colectomie), le chirurgien passe le bout de l’intestin qui reste à travers un nouvel orifice chirurgical dans la paroi abdominale (stomie). Le patient peut y attacher un appareil détachable pour recueillir les selles. Une stomie peut être temporaire ou permanente selon la situation particulière.

Depuis quelques années, il existe de nouvelles techniques grâce auxquelles les chirurgiens peuvent conserver le muscle anal et créer un sac interne ou réservoir avec l’intestin toujours présent. La vidange du contenu du sac par l’anus ressemble de plus près à la voie anatomique habituelle. Cependant, avec la perte de fonction du côlon, les selles contiennent beaucoup d’eau et sont très fréquentes. Les patients peuvent donc ressentir des symptômes gênants même suite à la chirurgie. Une complication possible est la pochite, l’inflammation du sac chirurgicalement créé.

Une thérapie chirurgicale naissante est la transplantation intestinale, mais il y a des obstacles à surmonter tels le rejet et l’inflammation de l’organe nouvellement transplanté.

L’avenir

La colite ulcéreuse est une maladie inflammatoire chronique qui se manifeste dans le côlon. L’intensité de cette affection varie largement d’une personne à l’autre et au cours de leur vie. Certains patients peuvent être touchés par un premier épisode suivi d’une longue période de rémission, certains peuvent souffrir de poussées actives occasionnelles et d’autres encore peuvent souffrir d’une maladie continue. Puisqu’il n’existe aucun remède, les patients souffrant de colite ulcéreuse nécessitent des soins médicaux continus. Ils doivent respecter une bonne nutrition et un bon régime posologique même lorsqu’ils se sentent bien. Votre médecin surveillera l’état de votre maladie régulièrement même pendant les périodes de rémission.