Une chirurgie pratiquée pour la colite ulcéreuse augmente l’infertilité chez les femmes
En 2006, une méta-analyse menée sur la littérature médicale existante, publiée dans la revue Gut, suggère que les femmes qui subissent une chirurgie pour traiter la colite ulcéreuse sont trois fois plus susceptibles d’être atteintes d’infertilité comparativement à celles qui sont traitées par pharmacothérapie.
La colite ulcéreuse (CU) est une maladie inflammatoire chronique et épisodique du gros intestin (côlon) qui commence typiquement au rectum et qui peut éventuellement se répandre à travers tout le côlon. L’inflammation touche habituellement la surface de la muqueuse du côlon, mais ne s’infiltre pas dans la paroi musculaire comme c’est le cas dans la maladie de Crohn, une maladie apparentée.
La CU touche des personnes de tout âge et sa cause demeure inconnue. Ses symptômes les plus courants sont le saignement rectal et la diarrhée. Des crampes abdominales dont l’intensité varie peuvent accompagner la diarrhée et leur apparition peut être graduelle ou soudaine. Une fièvre peut quelquefois se présenter. Si la diarrhée et la perte sanguine sont chroniques, une perte de poids et une anémie peuvent en résulter.
Certains patients ont ce qu’on appelle manifestations extra-intestinales de la CU, notamment l’inflammation oculaire ou des articulations, des ulcères buccaux ou des nodules sensibles et enflammés sur les tibias.
Cette analyse documentaire a spécifiquement étudié l’intervention chirurgicale connue sous le nom d’anastomose iléo-anale avec réservoir ou AIA + R. Lors de cette intervention, le chirurgien retire le côlon et le rectum au complet et lie l’intestin grêle directement à l’anus, formant un réservoir en S ou en J pour remplacer le rectum. Cette intervention, qui nécessite habituellement deux opérations pour son achèvement, élimine la nécessité de subir une stomie permanente, chirurgie lors de laquelle un passage artificiel est créé pour l’élimination des déchets corporels à travers une ouverture dans la peau.
Les médecins peuvent recommander une AIA + R chez les patients atteints de cas graves de colite ulcéreuse où la pharmacothérapie apporte des résultats insuffisants. Puisque le côlon est retiré en entier, la AIA + R élimine d’autres poussées actives de CU et améliore la qualité de vie des patients. Jusqu’à présent, les données traitant du risque potentiel d’infertilité après une AIA + R étaient contradictoires. Par conséquent, les médecins ne pouvaient fournir des statistiques de risques fiables de cette intervention à leurs patientes.
Afin d’examiner les implications de la AIA + R sur la fertilité, les auteurs de l’étude ont étudié 189 résumés de revues pour déterminer quels articles seraient potentiellement pertinents et ont choisi d’en examiner huit en détail. Les articles de ces journaux comptaient 500 personnes atteintes de colite ulcéreuse qui soit, suivaient une pharmacothérapie ou soit, avait subi une AIA + R. Les chercheurs ont uniquement évalué les données portant sur les femmes âgées de 18 à 44 ans.
L’infertilité se définit comme l’incapacité de concevoir ou de porter un enfant à terme après un an de relations sexuelles non protégées chez un couple marié (ou cohabitant). Environ 12 % de la population générale des femmes est infertile, tandis que chez les femmes atteintes de CU, le taux d’infertilité augmente légèrement, à environ 15 %.
Les données compilées par ces chercheurs ont révélé des résultats étonnants. Chez les femmes ayant subi une chirurgie AIA + R, les taux d’infertilité sautent à environ 50 %, ce qui représente un risque plus de trois fois plus élevé que chez les femmes souffrant de colite ulcéreuse qui n’ont pas subi de traitement chirurgical.
En plus d’estimer le risque relatif d’infertilité chez les femmes ayant subi une AIA + R, les auteurs de l’étude espéraient identifier des facteurs de risque d’infertilité particuliers associés à l’intervention. Cependant, quoique les chercheurs aient trouvé plusieurs facteurs d’AIA + R influençant le risque à la patiente, aucune variable interventionnelle n’était liée de façon consistante à l’augmentation d’infertilité.
Pour conclure, les auteurs soulignent que la AIA + R est nettement associée à un risque relatif d’infertilité considérablement accru chez les patientes atteintes de colite ulcéreuse. Cette constatation pourrait influencer les médecins à poursuivre une pharmacothérapie agressive chez les jeunes femmes atteintes de colite ulcéreuse, plutôt que d’offrir une chirurgie, quoique certaines pharmacothérapies intensives peuvent être associées à des effets secondaires négatifs. Également, les médecins peuvent désormais faire part à leurs patientes des risques d’infertilité mieux connus de la AIA + R, leur permettant de prendre des décisions plus éclairées en ce qui a trait à leur traitement.
De plus, les chercheurs suggèrent que d’autres recherches sont nécessaires pour identifier des facteurs interventionnels spécifiques qui pourraient affecter le risque d’infertilité et que les chirurgiens devraient prendre des mesures pour minimiser la cicatrisation des trompes de Fallope pendant la chirurgie. Chez les patientes touchées par l’infertilité découlant d’une AIA + R, la fertilisation in vitro, méthode de conception efficace, pourrait s’avérer utile pour une grossesse réussie.
Bulletin Du coeur au ventreMC numéro 157 Septembre/Octobre 2006




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