Les caillots sanguins et la MII

Selon une étude rapportée dans le numéro d’avril 2004 de la revue Gut, des chercheurs ont tenté d’établir si la thrombo-embolie (TE) veineuse est plus courante chez les patients atteints de maladie inflammatoire de l’intestin (MII) que chez les groupes témoins. La TE désigne une affection causée par un caillot sanguin (thrombus) qui se forme dans une veine. Ce caillot sanguin peut restreindre le flot sanguin dans la veine, causant de l’enflure et de la douleur. La thrombo-embolie veineuse peut se produire n’importe où dans le système veineux, qui traverse tout le corps, et peut constituer un danger de mort.

L’étude avait pour objet d’établir si c’est la réaction inflammatoire ou l’emplacement dans l’intestin spécifiquement qui est à l’origine de la relation de la TE avec la MII. Pour faire cette comparaison, les chercheurs ont choisi deux autres groupes de maladies : la polyarthrite rhumatoïde, parce qu’elle est apparentée à l’inflammation; et la maladie cœliaque parce qu’elle est apparentée à l’intestin.

Cette étude a porté sur 618 patients atteints de MII, 243 atteints de polyarthrite rhumatoïde, 207 atteints de maladie cœliaque et un groupe témoin composé de 707 personnes. Les sujets témoins ont été répartis, par âge et sexe, entre les groupes de maladie. Il a été demandé à tous les groupes de remplir individuellement un questionnaire détaillé au cours d’une visite au service de consultation externe à l’Université de Vienne. Seuls les cas de TE qui pouvaient être confirmés par un processus d’imagerie radiologique approuvé ont été inclus dans les résultats. Les chercheurs ont également recueilli de l’information sur les patients atteints de MII afin d’établir s’il y avait un rapport quelconque entre la TE et la maladie active ou la présence de complications telles que des sténoses, des fistules ou des abcès.

À la suite d’une analyse statistique, les résultats ont démontré que la prévalence de cette maladie de coagulation chez le groupe MII était significativement plus élevée, se situant à 6,2 % comparativement à 1,6 % chez le groupe témoin correspondant. Ce risque augmentait considérablement avec l’âge, surtout à partir de 45 ans. La maladie était active chez 60 % des patients atteints de MII au moment où la TE s’est produite. Il n’y avait aucune différence significative dans la prévalence de la TE chez les patients atteints de maladie de Crohn, de colite ulcéreuse ou de colite indéterminée. Qui plus est, la présence de TE chez les patients atteints de maladie cœliaque était de 1 % comparativement à 1,9 % chez le groupe témoin correspondant, et de 2,1 % chez les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde comparativement à 2,5 % chez le groupe témoin correspondant.

Ces constatations établissent qu’il y a un risque accru de thrombo-embolie veineuse chez les patients atteints de MII. En revanche, les résultats ne montrent aucun risque accru de TE chez les personnes souffrant de maladie cœliaque ou de polyarthrite rhumatoïde. Les caractéristiques qui occasionnent un risque accru de TE chez les patients atteints de MII doivent être propres à la maladie plutôt que d’être singulièrement inflammatoire ou spécifique à l’intestin. Selon les chercheurs, « Il convient de noter que de nombreux événements thrombo-emboliques se produisent pendant que la maladie est active ou en présence de complications telles que la sténose, la fistulisation ou des abcès. »

Bulletin Du coeur au ventreMC numéro 142 Mars – Avril 2004


Gut. 2004; 53: 542-548